L’essentielAvec 78 mois sans récession, l’économie américaine traverse l’un des cycles d’expansion les plus longs de son histoire : depuis 1854, seules cinq expansions ont duré davantage. Cette longévité s’explique par des politiques monétaires et budgétaires plus puissantes, une demande intérieure solide et, désormais, l’investissement massif dans l’intelligence artificielle. Des déséquilibres demeurent toutefois, avec des déficits budgétaires élevés et un rendement à 10 ans qui a récemment dépassé 5,3 %. Le défi sera de transformer cet investissement dans l’IA en gains de productivité réels.
Une expansion de 78 mois sans récession : l’économie américaine est désormais engagée dans l’un des cycles de croissance les plus longs de son histoire. Depuis 1854, seules cinq périodes d’expansion ont duré davantage.
À titre de comparaison, une expansion américaine dure en moyenne autour de 49 mois. Le cycle actuel se situe donc déjà largement au-dessus de la norme historique. Une question se pose alors : l’économie américaine défie-t-elle encore le cycle ?
Une longévité qui n’est pas un hasard
Traditionnellement, les cycles économiques finissent par s’essouffler. Les entreprises investissent moins, les ménages ralentissent leur consommation, le chômage remonte et les conditions financières deviennent plus restrictives. Le cycle actuel semble pourtant résister à cette mécanique.
78 mois
La comparaison avec les précédentes expansions est particulièrement frappante. Avant 2020, les deux plus longues périodes de croissance jamais enregistrées avaient duré 120 mois dans les années 1990 et 106 mois dans les années 1960. Le cycle 2009-2020 s’est ensuite étendu sur 128 mois, devenant le plus long de l’histoire américaine, selon les données du NBER.

Une économie devenue plus résistante
Cette capacité à prolonger les expansions s’explique en partie par l’évolution de la politique économique. Depuis la crise financière de 2008, les banques centrales ont utilisé des outils monétaires beaucoup plus puissants pour soutenir l’activité. Les politiques budgétaires sont également devenues un facteur majeur de soutien à la croissance.
Les États-Unis continuent aujourd’hui de bénéficier d’une demande intérieure solide. Au deuxième trimestre 2026, la croissance du PIB a été révisée à 2,2 % en rythme annualisé. Elle a notamment été portée par une consommation robuste et par l’investissement des entreprises dans les infrastructures liées à l’intelligence artificielle.
Le marché du travail reste lui aussi relativement résilient. Le chômage se situe autour de 4,2 %, un niveau compatible avec une économie proche du plein emploi, même si les créations de postes ralentissent.
L’IA, nouveau moteur du cycle
Une différence majeure apparaît toutefois par rapport aux précédentes expansions : l’investissement technologique est devenu un véritable moteur macroéconomique.
La course à l’intelligence artificielle pousse les entreprises à investir massivement dans les centres de données, les semi-conducteurs, les réseaux électriques et les infrastructures numériques. Ces dépenses soutiennent directement l’activité et créent un effet d’entraînement sur l’ensemble de l’économie. Les investissements dans les infrastructures d’IA alimentent actuellement la demande américaine, tandis que les dépenses mondiales dans les data centers pourraient atteindre des niveaux sans précédent.
Cette dynamique comporte aussi un risque. Si les investissements dans l’IA ne génèrent pas rapidement les gains de productivité attendus, ce moteur pourrait progressivement s’essouffler.
Un cycle long, mais pas éternel
La longévité du cycle américain ne signifie pas pour autant que le risque de récession a disparu. Certains déséquilibres commencent au contraire à attirer l’attention. Les déficits budgétaires restent élevés, et les rendements obligataires américains ont fortement progressé, le rendement à 10 ans ayant récemment dépassé 5,3 %.
La question n’est donc plus de savoir si l’économie américaine finira par ralentir, mais ce qui prendra le relais lorsque les soutiens actuels s’essouffleront. Pour l’instant, la réponse semble être l’investissement privé, la technologie et surtout l’IA.
L’économie américaine n’a pas supprimé le cycle économique : elle semble simplement avoir appris à le prolonger.
Après la politique monétaire et les déficits budgétaires, l’intelligence artificielle pourrait devenir le troisième grand facteur capable de repousser les limites de l’expansion. Le défi sera alors de transformer l’investissement massif dans l’IA en gains de productivité réels.